Il y a des souvenirs que l’on peut raconter un nombre incalculables de fois à notre entourage. D’autres font leur ascension et s’engouffrent dans une brèche à un moment où l’on ne s’y attend pas.


Une barrière mentale difficile à franchir.

 

J’ai 15 ans, les larmes glissent le long de mes joues et mes sanglots se font silences dans le tintamarre de voix. Je me trouve idiote, lâche, dans une position inconfortable. Je suis tétanisée par la trouille, tandis que les filles crient. Je peux aussi entendre des rires moqueurs de celles qui se font une joie de me voir perchée à quelques mètres du sol, accrochée aux prises du mur d’escalade, comme si ma vie en dépendait. Je ne distingue pas clairement les mots, les phrases, comme si le son me parvenait, sans que mon cerveau décrypte quoi que ce soit.

J’ai 15 ans et j’ai choisi cette discipline sportive pour mon brevet. Je regrette ce choix, j’ai le vertige. À ce moment précis, l’idée de vouloir dépasser mes peurs est une belle connerie. Reliée à mon binôme, je sens la corde se tendre davantage. Le professeur a fait taire tout le monde et semble me parler. Je suis ailleurs, rien à faire, mon regard figé sur mes mains, incapable de s’orienter vers le haut ou le bas. Je perds le contact avec la réalité et avec le temps. Depuis combien de minutes, je joue le paresseux sur cette paroi ?

Puis, ce visage à ma hauteur. Il ne s’agit pas spécialement d’une amie, mais nous nous apprécions mutuellement. Son large sourire n’a rien de moqueur, il est bienveillant, ses yeux plongent dans les miens. Elle me propose de descendre avec elle. Il me faut encore quelques minutes pour réussir à déplacer chacun de mes membres. Nous y arrivons ensemble.

C’est alors qu’elle me glisse à l’oreille.

« Si tu veux vaincre ta peur, arrête de regarder en bas ou derrière toi, regarde en haut et devant toi, fonce, sans te poser de questions ».

Le temps peut déformer le souvenir, pourtant je suis certaine d’être proche du message qu’elle a voulu me faire passer. Elle me semble à la limite de l’héroïne qui donne une belle morale à l’histoire, avec une citation prête à l’emploi. En vérité, elle avait le même âge que moi. Je ne me souviens plus son prénom, mais reste intacte son visage dans ma mémoire.

 

Vous savez ce qui est étrange ?

 

Ce souvenir a resurgi, lorsque je conduisais, j’ai 33 ans. Cela fait des semaines que j’ai le sentiment de perdre un peu pieds par la peur.

Oui, la peur de me lancer dans entrepreneuriat. Je me reconvertis professionnellement, car je sais en avoir les capacités. Cependant, sortir de ma zone de confort, c’est inquiétant. C’est peut-être finalement parce que je me sens comme au bord d’une falaise, hésitante à plonger dans l’inconnu… C’est peut-être pour cela que ce souvenir est revenu sans crier gare.

L’inconscient est mystérieux, mais il été fouiner au bon endroit pour me permettre de retrouver de l’énergie.

 

La note obtenue ?

 

J’ai eu 14, et il s’agit de l’une des meilleures notes de la classe, dans le groupe des filles.

Lors des entraînements, j’ai eu énormément de difficultés à grimper le long de ce fameux mur. Un jour, j’ai réussi à l’escalader. J’étais tellement heureuse, seulement il a fallu venir m’aider à redescendre une nouvelle fois, tétanisée par le vide.

Lors de l’examen, j’étais stressée, les mains moites et les jambes tremblantes. Vous pensez que j’en fais trop ? Alors, songez à vos propres phobies et les réactions de votre corps, incontrôlables.

Cette note en sport était importante pour gagner quelques points dans la moyenne finale. Quand cela a été mon tour, j’ai fait le vide dans ma tête, et j’ai foncé pour la montée et la descente. La peur était là, mais ne me paralysait pas. Ma volonté de gagner ces quelques points était plus forte. Mon objectif était plus puissant.

Elles m’ont toutes applaudie. Non pas pour mon exploit sur le mur, mais pour moi-même. Je n’ai pas eu 14 parce que j’ai été bonne dans la pratique. J’ai eu 14, parce que j’ai réussi à me dépasser, à me faire confiance, à oser. J’ai eu cette note, parce que j’ai surmonté mes échecs précédents.

J’écris ces quelques lignes pour ne pas oublier, pour me souvenir que je suis capable d’agir et réussir, même avec la peur au ventre. Il faut y aller, ne pas se focaliser sur les défaites, mais regarder devant soi.

Et si vous aussi, vous retrouviez cette expérience enfouie qui fait du bien ?

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